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En un mot comme en cent, le vin de l’été c’est une bouteille qui se boit au soleil, mieux encore un peu à l’ombre, avec des amis, des enfants qui font du bruit et jouent avec des pistolets à eau dans le jardin. Un vin qui se boit tranquillement en écoutant le Tour de France à la radio, dans la torpeur torride de l’après-midi, un vin qui chasse quelques abeilles d’un revers négligeant de la main.

Un vin d’été c’est du plaisir, un peu de fruit, des touches de folies aussi parfois. Un vin dont on se souvient parce qu’il a juste donné du plaisir, même dans un gobelet en plastique, même avec des glaçons parfois. Un vin d’été on se fout un peu de savoir comment s’est fait, nature, bio, conventionnel, on lui pardonne d’être ou de ne pas être parce qu’il est aussi l’été. Un vin d’été ça rend les filles plus belles, ça rend les hommes plus intelligents, ça donne des étincelles aux yeux des amoureux, du brillant sur les lèvres des baisers à venir. Un vin d’été ça rend les hommes moins cons. Quoi que là, je crois que l’on touche aux limites du mythe. Le vin de l’été il peut être rosé sans complexes, blanc en finesse ou rouge aux tannins souples, il accompagne les merguez brûlées, le tabbouleh, la célèbre salade de concombres de votre belle-sœur qui ne cuisine que ça sans se tromper… Un vin d’été c’est simple sans être simpliste, c’est tout le plaisir du vin parce qu’après l’avoir bu, il n’est pas utile de reprendre sa voiture.

 

Le vin est définitivement le grand martyr de nos journées ensoleillées. Sous prétexte de légèreté, dés que les terrasses sont de sortie, les restaurateurs et leurs clients, ainsi que le laboureur et ses enfants, sans oublier la mère Michèle et son chat avant qu’elle ne l’égare, se sentent obligés de glacer les rouges, n’importe quels rouges, tous les rouges. Surtout s’ils sont de Loire. Amis restaurateurs, le vin n’est pas qu’un truc que l’on achète en fonction des affinités que l’on a avec le vendeur, ni même en fonction des promotions qu’il propose. Le vin, en été aussi a le droit d’être respecté pour ce qu’il est, c’est-à-dire un produit commercial destiné à rendre heureux ceux qui le vendent comme ceux qui le consomment. Pour moi, le meilleur accord vins et mets de l’été, c’est quelques amis le soir, au bord de l’eau, un truc léger, souple, tranquille, qui raconte des histoires doucement entre le ressac ou les glougloutement de la Lesse, c’est selon vos envies, un vin qui parle de fruits, de maturité, de rondeur, de tannins souple s’il est rouge. Connaissez-vous ce vigneron ? C’est un pey comme un building, il fait son vin comme il est… c’est ce vin là que je préfère, celui qui crée une conversation autour de lui. Allez, bon été quand même, parce que je vous le souhaite bon, plein de rencontres de vignerons, de belles bouteilles, de sourires de Hollandaises en robe translucide car il en existe de belles…

Pour avoir quelques images du profil d’un vin de l’été, il suffit de lire ce qui suit et de découvrir quelques exemples…

Le Tavel c’est un peu le vin que tout le monde connaît et que tout le monde se sent obligé de ne pas boire, et pourtant, c’est une belle bête que voilà. Loin des rosés collants de sucre que nos grands-mères sifflaient dans l’insouciance de l’immédiat après guerre. Ici on est dans le fruité, c’est sûr, mais pas dans la liqueur, faudrait voir à pas déconner. Le nez évolue rapidement vers des notes poivrées couvrant le côté très mûr des fruits rouges et noirs du début ; La bouche est ronde, plutôt grasse, avec une finale bien nerveuse. Le tout sera top pour accompagner l’un ou l’autre tajine, par exemple, mais aussi des sashimis pour faire un peu plus exotiques. A boire dans l’année, les deux ans au maximum.

 

Les vins de l’île de Beauté sont trop longtemps restés un peu rustiques et c’est rien de le dire. Depuis une décennie, les choses évoluent très vite et on trouve de plus en plus de très belles bouteilles dans la région. Il faut dire qu’il a tout pour élaborer des vins de qualité dans le coin, le sol, le climat, les cépages autochtones. A part ça, ce vin en rosé est une petite bombe de saveurs et de parfums. C’est riche, mais pas doux, un vin en finesse avec une très belle pointe d’acidité pour agrémenter la fin de bouche. J’aime vraiment la complexité du nez, les arômes de fruits rouges et la touche poivrée. Une bouteille à partager avec des amis autour d’un peu de fromages frais, des tomates très mûres, un peu d’huile d’olive et des grillons. A boire dans les deux ans si vous voulez tenter l’expérience d’un rosé évolué.

 

On connaît mal les blancs de la Rioja, qui pour nous résonnent surtout en rouge puissant et dense, et pourtant, il y a une belle brochette de saveurs et de sensations à découvrir ici. C’est que le cépage viura donne surtout de la structure et un peu de fraîcheur, mais la malvoisie apporte à l’ensemble une certaine rondeur et des arômes floraux riches. C’est un vin souple, très moderne, loin des poncifs locaux. Pas d’oxydation ,pas trop d’alcool, bref, une jolie bouteille pour regarder le vent qui agite les nappes sur la terrasse en dégustant quelques crevettes tigres grillées accompagnées d’un trait de citron vert. A boire dans les deux ans.

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Comments
  • Anne E
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    Une bien belle plume au service q’une bien belle réflexion. Félicitations.

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